Mardi 20 août

Nous débutons la matinée par la rencontre de Delia, apicultrice qualifiée d’aussi douce que ses abeilles, qui vit à une demi-heure de marche de Pampa grande. Elle nous réserve un accueil plus que chaleureux.

Delia dispose de 6 ruches, toutes proches de sa maison. C’est une activité secondaire pour elle. Son rucher lui demande beaucoup de travail pour lequel elle oeuvre seule. Son mari a déjà tenté de l’accompagner mais actuellement il n’ose plus l’aider car il a été récemment piqué.

Le rucher de Delia nous fait réagir tant celui-ci est vétuste. Les ruches sont endommagées, les grilles à reine et les hausses sont déjà placées alors que les abeilles sont peu nombreuses. Nous constatons que Délia manque de connaissances techniques. Lors de l’échange après la visite, Délia nous fait part de ses difficultés à travailler seule dans le rucher. Elle précise que l’hiver a été très dur, il a d’ailleurs neigé, ce qui est tout à fait exceptionnel dans la région ! Ses colonies étaient populeuses avant l’hiver. Elle a déjà placé les hausses pour gagner du temps. Nous lui conseillons en toute humilité d’hiverner ses colonies.

Ses ruches sont victimes d’un pic, c’est pourquoi elle place un plastique à l’entrée de la ruche, en guise d’épouvantail. Ses ruches sont placées à l’ombre d’arbustes : tout un débat s’ensuit avec José s’il faut les placer à l’ombre ou au soleil. Il nous semble que le choix de Delia est pertinent. Nous continuons à échanger avec elle tout en dégustant des empanadas qu’elle a pris soin de nous préparer. Nous lui expliquons les trucs et astuces mis en œuvre en Belgique pour contrer les oiseaux ennemis des cultures notamment (épouvantail, cordes avec CD, …). Delia reçoit nos conseils avec beaucoup de simplicité, elle ne demande qu’à améliorer sa technique : c’est une très belle rencontre, tant sur le plan apicole que sur le plan humain !

Pendant ce temps, Efrain, journaliste de Nuevo Sur (Tarija), qui nous a accompagné la veille dans la marche, interviewe à tour de rôle Véronique, Benoît et la directrice du service de la Ville de Tariquia en charge du développement rural.

L’après-midi, nous rencontrons un groupe d’apiculteurs et apicultrices. Les participants sont moins nombreux que prévu car beaucoup d’apiculteurs participent à la marche organisée contre la mise en exploitation des réserves de gaz de Tariquia. Wilma, de Cochabamba et collègue de Norma, qui nous a accompagnés à Sta-Cruz, fait remarquer, à juste titre, que si l’exploitation du gaz est un grand danger pour la réserve, un danger tout aussi important est l’utilisation de pesticides au niveau des agriculteurs. Ce danger-là, ils peuvent le stopper eux-mêmes en revenant à une agriculture plus écologique et respectueuse de la nature.

Cecilia, une des participantes à cette rencontre, présente son association, AMEAT (Association des femmes entrepreneuses de Tariquia). Créée il y a 5 ans, AMEAT comprend uniquement des femmes et développe diverses activités, telle que la couture, en plus de l’apiculture. Sur les 105 membres, 30 pratiquent l’apiculture. Aucun droit d’entrée n’est exigé, alors que pour être membre de l’Association des Apiculteurs de la Réserve de Tariquia (AART), dont font partie la plupart des apiculteurs de la réserve, un droit d’entrée de 700 Bs est exigé, outre l’engagement de livrer au moins 80kg de miel par an. 

Nous lui demandons pourquoi il y a tant de femmes apicultrices. En fait, l’homme se consacre à l’agriculture et à l’élevage pour subvenir aux besoins quotidiens de la famille alors que la femme se consacre au ménage et aux soins des enfants. L’apiculture demande un travail moins régulier et contraignant tout en apportant un revenu financier disponible rapidement : le bétail constitue un investissement à plus long terme, c’est l’épargne de la famille. Il faut savoir que la consommation de miel ne fait pas partie des habitudes boliviennes, que ce soit au petit déjeuner ou pour la fabrication de pâtisseries.

Le programme de notre séjour est ensuite quelque peu chamboulé car le lendemain est prévu « un paro civico », sorte de grève générale, en protestation contre la candidature d’Évo Morales à un quatrième mandat présidentiel, ce qui est anticonstitutionnel. Nous décidons de rentrer à Tarija sans tarder car demain les routes seront bloquées.  Ce retour prématuré nous permettra également de rencontrer demain matin des apiculteurs ayant participé à la marche mais il nous fait rater, au grand dam de Leonardo, de superbes cochons braisés, des « chanchos a la cruz », une spécialité de la région hautement appréciée ! Ce sera tout bénéfice pour les apiculteurs de Pampa Grande, qui se régaleront en pensant bien à nous… Nous arrivons à Tarija vers 10 hres du soir. Une petite halte sur le chemin du retour nous permet d’apprécier un superbe ciel étoilé !

Quelques info concernant Pampa grande: le village possède une école primaire et secondaire d’une centaine d’élèves avec un internat, une église désaffectée et un centre de santé avec un médecin et une infirmière à demeure. Il y a eu beaucoup d’exode de la part des jeunes de la région qui vont étudier à Tarija et y restent pour travailler. Heureusement, le phénomène semble diminuer depuis l’achèvement de la route qui, depuis peu, est arrivée à Pampa Grande. L’électricité est fournie par de nombreux panneaux photovoltaïques ; le toit de l’école en comporte douze.

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