Post Scriptum

Vendredi, Christiane, Gabriel et Vincent ont pris l’avion vers Santa-Cruz : retour vers la Belgique le lendemain. Anne-Marie et Jean-Philippe ont prolongé d’une semaine leur séjour en Bolivie, par la découverte de la vallée des Condors, près de Tarija, puis du Parc Amboro, près de Santa-Cruz. Véronique, quant à elle, s’est immergée dans l’immensité du Salar de Uyuni, avant de découvrir les multiples facettes de La Paz. Benoît a poursuivi son séjour à Tarija par une réunion de supervision du projet, avec les responsables boliviens des trois départements de Cochabamba, Sta-Cruz et Tarija : Wilma, Osvaldo, Nilo, Leonardo et Ricardo, le coordinateur.

Le lundi 26 août, nous avons eu la belle surprise de découvrir l’article d’Efrain en Une du journal Nuevo Sur, avec un article en double page sur la réserve de Tariquia : https://diarionuevosur.com/tariquia-y-la-apicultura-un-medio-de-sustento-para-mas-de-100-familias/. Cette  publication coïncidait avec notre rendez-vous au bureau du Maire de Tarija, fort intéressé par le développement de l’apiculture : de belles perspectives de collaboration !

La fin de ce voyage reste assombrie par la permanence des incendies dans la Chiquitania, mais aussi au Brésil… Un désastre environnemental majeur, qui préoccupe beaucoup nos partenaires apiculteurs. Plus que jamais, les destins des forêts tropicales et des apiculteurs sont liés.

Vendredi 23 août

Et nous voici déjà arrivés à la fin de ce magnifique voyage !

Il est 10h du matin, les bagages des uns et des autres sont bouclés et nous nous retrouvons au 3e étage de l’hôtel, dans la véranda, où nous faisons, à tour de rôle, l’évaluation de cette expérience unique.

Deux semaines de rencontres avec des apiculteurs et apicultrices: voici quelques impressions à chaud sur le travail de MMH en Bolivie, un travail organisationnel surtout : lancer des questions pour alimenter la réflexion et les initiatives, fédérer différentes associations et groupements d’apiculteurs/trices. Encourager les formations techniques auprès des jeunes et des moins jeunes pour améliorer la qualité de la production du miel dans un équilibre économique, social et environnemental.

Notre présence en Bolivie nous a permis de nous rendre compte de l’ancrage de MMH dans le pays, de partager sur les aspects techniques des différents ruchers visités, de voir l’implication des femmes dans l’apiculture, de prendre conscience de l’importance de ce revenu complémentaire dans un environnement naturel encore exceptionnel mais à protéger de toute urgence.

De la part des représentants des différentes associations, des apiculteurs/trices ou dans leurs différents points de vente, l’accueil a toujours été des plus chaleureux ; chacun a mis son point d’honneur à nous faire goûter des miels aux couleurs variées et des produits transformés tels que biscuits à l’amarante, bonbons, produits cosmétiques et d’entretien.

Une découverte magique: les mélipones, minuscules abeilles sans dard aux yeux bleus. Leur miel, produit en faible quantité, est d’un goût hors du commun.

Enfin ce voyage nous permettra de témoigner en Belgique du travail de fond réalisé par MMH depuis de longues années en Bolivie, sur base de son expérience au Mexique et au Guatemala: témoignage que nous serons fiers de présenter aux apiculteurs/trices belges et au grand public.

Cet automne, nos prochains rendez-vous seront l’opération 11.11.11, la vente des coffrets « Miels du Monde » et la journée Nord-Sud du 1er décembre avec le CARI de Louvain -la-Neuve.

Nous y retrouverons Nilo, d’Adapicruz, qui prononcera un exposé sur la gestion de la cire au sein de son rucher. Vincent l’a invité à une rencontre avec la section apicole de Rochefort et Gabriel lui montrera le port d’Anvers, ainsi que son rucher. Notre aventure bolivienne est loin d’être terminée !

Hasta luego, abrazos a tod@s!

Jeudi 22 août

AOCEMM (Asociación de Organizaciones Campesinas Económicas Moto Méndez) est l’une des trois organisations apicoles du département de Tarija appuyées par MMH. Nous rencontrons aujourd’hui Javier, le président, âgé de 26 ans !, Eugenio, coordinateur, Ismael, secrétaire du conseil d’administration, et Martina, trésorière. Marisol et Carmen, employées pour l’unité de conditionnement, assistent à la réunion. Notre groupe est également accompagné par Leonardo, technicien apicole, et par Ricardo, coordinateur du projet de MMH.

Nous visitons tout d’abord les installations, très propres, mais également à l’arrêt, comme chez APME, où nous étions dimanche dernier. C’est que AOCEMM vendait également son miel à l’Etat bolivien. Mais cette association a plus de ressources car elle a développé des produits dérivés, comme une barre d’amarante au miel, chocolatée, que nous avons goûtée avec délices. Elle aimerait également différencier davantage les miels boliviens : Javier nous fait goûter trois miels : le plus foncé vient du Chaco, le plus clair vient de la vallée de Tarija et le miel intermédiaire vient de la région de Potosi, frontalière du département de Tarija.

A sa création, AOCEMM gérait un réseau de petites boutiques coopératives, en milieu rural. Il y a quelques années, cette association s’est reconvertie dans la production de miel et de produits dérivés. Ceci explique que le volume produit par ses membres est encore assez faible, de l’ordre de trois tonnes, alors qu’un peu plus de 100 membres sur les 138 que compte l’association sont apiculteurs. L’objectif d’AOCEMM est que ses membres intéressés par l’apiculture aient au moins 10 ruches d’ici la fin 2021. Ces apiculteurs peuvent fabriquer leurs ruches dans les centres de formation CETA, dont plusieurs ont bénéficié de l’appui de la coopération belge : des moniteurs et des machines sont à leur disposition, les apiculteurs doivent seulement apporter le bois nécessaire.

Pour atteindre cet objectif, AOCEMM a bénéficié d’un appui de MMH, en 2017, puis de la coopération espagnole d’Extrémadure, en 2018, qui a permis d’engager Javier comme technicien apicole à temps plein, pendant un an. Sur les 9 promoteurs apicoles formés par Javier, 8 continuent à faire le suivi des apiculteurs de leur communauté. Quatre jeunes se sont également inscrits au cycle de formation organisé par Leonardo, ce qui est très encourageant. Nous terminons cette réunion fort intéressante par quelques échanges sur l’importance d’une meilleure collaboration entre les diverses associations apicoles du département.

Précisément, cet après-midi, nous allons visiter le rucher d’une association féminine appuyée par la Ville de Tarija et avec laquelle MMH n’avait pas de contact jusqu’à présent. Auparavant, Anne-Marie nous invite à déguster de délicieuses écrevisses, un plat local qu’on lui avait vanté en Belgique. Elles sont tellement petites qu’il est inutile de chercher à les décortiquer, elles se mangent entières ! C’est délicieusement croustillant…

A 14h30 nous retrouvons le bus de la Ville, celui qui nous avait conduits à la réserve de Tariquia. Après une demi-heure de route, nous arrivons au rucher, d’où nous pouvons voir la ville, au loin. José, le coopérant espagnol, a donné une formation théorique le matin, c’est à présent le tour de la pratique et nous visitons avec lui ce rucher collectif, géré par cette association féminine. Nous sommes vraiment nombreux mais tout le monde arrive à se faire une place !

De retour à Tarija, nous prenons rapidement une douche avant de nous rendre chez Leonardo, qui nous a gentiment invités chez lui pour le souper. Nous passons une très agréable soirée en sa compagnie, avec son épouse et leurs trois enfants, que Vincent a l’art d’amuser à partir d’un rien ! Wilma nous prépare l’apéritif à base de Singani, élaboré à partir de la distillation de vin de muscat : c’est la liqueur nationale de Bolivie !

Mercredi 21 août

La ville de Tarija est « morte » ce matin, aucun véhicule ne peut pénétrer dans le centre, tous les accès sont bloqués, c’est le «  paro civico », en protestation contre la candidature d’Evo Morales à l’élection présidentielle .

Nous nous rendons au siège de l’Association des Apiculteurs de la Réserve de Tariquia (AART), où nous avons rendez-vous avec trois dirigeants. Ils ont participé à la marche de protestation contre l’exploitation du gaz de la réserve de Tariquia et sont très contents de son succès. Parti de la réserve il y a une semaine, le cortège s’est grossi de nombreux sympathisants tout au long du trajet : hier, à son arrivée sur la grand-place de Tarija, il comptait plus d’un millier de manifestants ! La presse locale, le journal El Pais, s’en est fait l’écho en lui consacrant sa « Une » ainsi qu’un article en double page.

Inocencio et Gloria sont responsables de deux filiales de l’association, tandis que Cipriano préside l’AART, qui joue le rôle de fédération. Les communications sont tellement difficiles entre les différentes filiales de la réserve que, jusqu’il y a peu, il était plus commode pour les dirigeants de se réunir à Tarija plutôt que dans la réserve même.

Cipriano nous présente l’association et nous fait part de sa conviction que l’apiculture est une activité intéressante. Paysan, il cultive aussi du maïs, mais c’est pour sa consommation personnelle. Une année où sa récolte de maïs était bonne, il est allé vendre son surplus à Tarija et a dû le céder à un prix écrasé. Son fils, Seferino, que nous avons rencontré à Pampa Grande, partage lui aussi cette conviction. De retour dans son village, il veut vivre de l’apiculture et s’est inscrit au cycle de formation qui vient de démarrer, organisé en particulier à l’attention des jeunes apiculteurs et apicultrices, pour la plupart fils et filles de membres de l’AART.

Cipriano est fortement préoccupé par le coup de froid qui a frappé la région de Tarija au début du mois d’août : il a passé 40 ans et n’avait jamais vu de neige ! Pourtant, la saison avait bien démarré, en juin il avait capturé 13 essaims, mais 7 sont morts… Il nous montre sur son smartphone une vidéo, où l’on voit des paquets d’abeilles mortes.

Véronique y voit les mêmes images que celles qui ont circulé, il y a quelques années, sur les cas de mortalité d’abeilles dans le sud de la France, imputés à l’application du pesticide Gaucho (produit par Bayer qui, par la suite, a racheté Monsanto…). De fait, Cipriano fait état d’une culture de pommes de terre, à 40’ à pied de son rucher, où l’on utilise beaucoup de produits chimiques. D’autres explications circulent, liées à l’origine de la cire ou à d’autres facteurs : cela vaudrait la peine de systématiser tout cela. Justement, une étudiante en agronomie de l’école de La Reid, Laurie, va venir faire un stage de trois mois en Bolivie, sur la certification bio du miel, elle pourrait contribuer à ce travail de systématisation : à suivre !

Il fait froid dans le local de la AART et nous invitons nos hôtes à poursuivre cette réunion à notre hôtel. Après le dîner, chacun profite de cette après-midi libre pour mettre à jour ses notes de voyage ou flâner dans la ville.

Mardi 20 août

Nous débutons la matinée par la rencontre de Delia, apicultrice qualifiée d’aussi douce que ses abeilles, qui vit à une demi-heure de marche de Pampa grande. Elle nous réserve un accueil plus que chaleureux.

Delia dispose de 6 ruches, toutes proches de sa maison. C’est une activité secondaire pour elle. Son rucher lui demande beaucoup de travail pour lequel elle oeuvre seule. Son mari a déjà tenté de l’accompagner mais actuellement il n’ose plus l’aider car il a été récemment piqué.

Le rucher de Delia nous fait réagir tant celui-ci est vétuste. Les ruches sont endommagées, les grilles à reine et les hausses sont déjà placées alors que les abeilles sont peu nombreuses. Nous constatons que Délia manque de connaissances techniques. Lors de l’échange après la visite, Délia nous fait part de ses difficultés à travailler seule dans le rucher. Elle précise que l’hiver a été très dur, il a d’ailleurs neigé, ce qui est tout à fait exceptionnel dans la région ! Ses colonies étaient populeuses avant l’hiver. Elle a déjà placé les hausses pour gagner du temps. Nous lui conseillons en toute humilité d’hiverner ses colonies.

Ses ruches sont victimes d’un pic, c’est pourquoi elle place un plastique à l’entrée de la ruche, en guise d’épouvantail. Ses ruches sont placées à l’ombre d’arbustes : tout un débat s’ensuit avec José s’il faut les placer à l’ombre ou au soleil. Il nous semble que le choix de Delia est pertinent. Nous continuons à échanger avec elle tout en dégustant des empanadas qu’elle a pris soin de nous préparer. Nous lui expliquons les trucs et astuces mis en œuvre en Belgique pour contrer les oiseaux ennemis des cultures notamment (épouvantail, cordes avec CD, …). Delia reçoit nos conseils avec beaucoup de simplicité, elle ne demande qu’à améliorer sa technique : c’est une très belle rencontre, tant sur le plan apicole que sur le plan humain !

Pendant ce temps, Efrain, journaliste de Nuevo Sur (Tarija), qui nous a accompagné la veille dans la marche, interviewe à tour de rôle Véronique, Benoît et la directrice du service de la Ville de Tariquia en charge du développement rural.

L’après-midi, nous rencontrons un groupe d’apiculteurs et apicultrices. Les participants sont moins nombreux que prévu car beaucoup d’apiculteurs participent à la marche organisée contre la mise en exploitation des réserves de gaz de Tariquia. Wilma, de Cochabamba et collègue de Norma, qui nous a accompagnés à Sta-Cruz, fait remarquer, à juste titre, que si l’exploitation du gaz est un grand danger pour la réserve, un danger tout aussi important est l’utilisation de pesticides au niveau des agriculteurs. Ce danger-là, ils peuvent le stopper eux-mêmes en revenant à une agriculture plus écologique et respectueuse de la nature.

Cecilia, une des participantes à cette rencontre, présente son association, AMEAT (Association des femmes entrepreneuses de Tariquia). Créée il y a 5 ans, AMEAT comprend uniquement des femmes et développe diverses activités, telle que la couture, en plus de l’apiculture. Sur les 105 membres, 30 pratiquent l’apiculture. Aucun droit d’entrée n’est exigé, alors que pour être membre de l’Association des Apiculteurs de la Réserve de Tariquia (AART), dont font partie la plupart des apiculteurs de la réserve, un droit d’entrée de 700 Bs est exigé, outre l’engagement de livrer au moins 80kg de miel par an. 

Nous lui demandons pourquoi il y a tant de femmes apicultrices. En fait, l’homme se consacre à l’agriculture et à l’élevage pour subvenir aux besoins quotidiens de la famille alors que la femme se consacre au ménage et aux soins des enfants. L’apiculture demande un travail moins régulier et contraignant tout en apportant un revenu financier disponible rapidement : le bétail constitue un investissement à plus long terme, c’est l’épargne de la famille. Il faut savoir que la consommation de miel ne fait pas partie des habitudes boliviennes, que ce soit au petit déjeuner ou pour la fabrication de pâtisseries.

Le programme de notre séjour est ensuite quelque peu chamboulé car le lendemain est prévu « un paro civico », sorte de grève générale, en protestation contre la candidature d’Évo Morales à un quatrième mandat présidentiel, ce qui est anticonstitutionnel. Nous décidons de rentrer à Tarija sans tarder car demain les routes seront bloquées.  Ce retour prématuré nous permettra également de rencontrer demain matin des apiculteurs ayant participé à la marche mais il nous fait rater, au grand dam de Leonardo, de superbes cochons braisés, des « chanchos a la cruz », une spécialité de la région hautement appréciée ! Ce sera tout bénéfice pour les apiculteurs de Pampa Grande, qui se régaleront en pensant bien à nous… Nous arrivons à Tarija vers 10 hres du soir. Une petite halte sur le chemin du retour nous permet d’apprécier un superbe ciel étoilé !

Quelques info concernant Pampa grande: le village possède une école primaire et secondaire d’une centaine d’élèves avec un internat, une église désaffectée et un centre de santé avec un médecin et une infirmière à demeure. Il y a eu beaucoup d’exode de la part des jeunes de la région qui vont étudier à Tarija et y restent pour travailler. Heureusement, le phénomène semble diminuer depuis l’achèvement de la route qui, depuis peu, est arrivée à Pampa Grande. L’électricité est fournie par de nombreux panneaux photovoltaïques ; le toit de l’école en comporte douze.

Lundi 19 août

Il est quatre heures du matin, les premiers réveils retentissent. Après cette courte nuit, nous nous mettons en route pour 5 heures de voyage en bus, vers la réserve de Tariquia.

Cette longue route permet à certains de récupérer le peu d’heures dormies durant la nuit. Qui plus est, nous avons pu constater que notre leader, Benoît alias Benito, ne rencontrera pas de soucis de chauffage pour ce prochain hiver : Benoît est, en effet, qualifié par certains de champion du monde du ronflement !

Revenons plus sérieusement à notre voyage où les routes escarpées et sinueuses nous conduisent au sommet d’une montagne, située à plus de 3500 mètres d’altitude. Les températures y sont fraîches, les vues immenses, à couper le souffle. Les nuages inondent la vallée, en contre-bas. Le chauffeur nous octroie une petite halte afin de profiter pleinement de ce panorama. Nous immortalisons ce moment magique en photographiant plusieurs vues avant d’entamer la descente. Certaines portions nous font penser (subjectivement) à la route de la mort.

Nous arrivons à Pampa Grande vers 9h30. Un bon petit déjeuner nous attend. Nous pouvons faire le plein d’énergie en dégustant des empanadas, ainsi que la célèbre boisson chaude appelée « Api », faite à base de maïs rouge et de cannelle.

Nous voilà fin prêts pour une marche de huit heures, programmée par Léonardo. Trois chevaux nous accompagnent en cas de nécessité. Léonardo précise qu’il fait l’aller en 1h30… Il a prévu le double de temps pour le groupe, pause comprise. 4.000 personnes vivent dans cette réserve, soit environ 900 familles réparties entre dix communautés.

La fin de la matinée nous amène chez Alicia, qui possède une vingtaine de ruches, loin dans la réserve. Nous sommes étonnés qu’elle les place si loin, étant donné la richesse et la diversité des arbres fruitiers présents aux abords de son logement : abricotiers, bananiers, manguiers et orangers croissent à profusion. Alicia précise qu’il y a encore beaucoup plus de ressources là où se trouvent ses ruches. Le repas de midi nous permet de refaire le plein d’énergie.

La marche reprend à un rythme soutenu, nous regrettons de ne pas recevoir d’informations sur les espèces que cette magnifique réserve abrite, qu’il s’agisse de la flore ou de la faune. Le paysage est très beau et varié: plat, vallonné, escarpé, avec le passage de rivières où, à certains endroits, nous devons recourir à nos talents d’équilibriste pour passer d’une pierre à l’autre…

En chemin, nous rencontrons un groupe de singes beaucoup plus rapides que nos appareils photos. Nous mâchons des feuilles de coca dont Ricardo, coordinateur bolivien du projet de MMH, nous vante les vertus: elle contient beaucoup d’alcaloïdes, est bon marché, tout le monde en a et en consomme, elle coupe la faim, la fatigue, donne de l’énergie (stimulant) et renforce la confiance en soi. A ne pas confondre avec la cocaïne !

Arrivés à Pampa Grande, nous apprenons qu’une marche, partie de Tariquia mercredi dernier, arrivera à Tarija demain, soit une semaine une plus tard. Cette marche rassemble une grande partie des habitants de Tariquia, qui dénoncent la décision du gouvernement central d’exploiter les abondantes ressources de gaz présentes dans la réserve.

Nous avons été interpellés par le nombre de déchets rencontrés tout au long de notre marche. José, l’ingénieur agronome espagnol dont nous avons fait la connaissance samedi soir, s’était muni d’un grand sac pour les ramasser. Ceux-ci étant parsemés, c’est à la fin de la randonnée que nous nous sommes rendus compte qu’il y en avait bien plus qu’on aurait pu le penser : son sac était copieusement rempli.

Nous arrivons juste avant la tombée de la nuit au village de Pampa Grande. Après un repas autour du feu, nous passons la nuit dans les deux chambres qui nous sont sympathiquement prêtées. 

Dimanche 18 août

Nous débutons la journée par un bon petit-déjeuner dans l’hôtel très familial « Carmen » où nous logeons, puis nous profitons de quelques heures de temps libre pour flâner dans la ville. Lors de notre brève escapade, nous avons la chance de tomber sur une fête locale. On nous expliquera qu’il s’agit d’une fête catholique consacrée à St Roch (Saint de la Ville). Plusieurs statues de la Vierge sont fièrement portées par des enfants de chœur qui processionnent dans la ville. Notre dîner nous amène au Centre commercial dans lequel nous dégustons une soupe de mani (arachides), accompagnée de frites, de poulet, de pâtes et d’herbes aromatiques.

Nous montons ensuite dans un bus prêté par la municipalité qui nous conduit, après un voyage de plus de 2 heures, à Emborozu, le village d’origine de Léonardo, technicien apicole financé par le projet de MMH.

Nous y rencontrons un groupe d’apiculteurs de l’association APME dont le responsable est Don José. A l’origine, nous explique-t-il, la région était habitée par les Guaranis, population amérindienne. Après un chaleureux échange, où l’on nous demande combien de ruches nous avons, quel est leur rendement, etc., Don José nous invite à visiter la miellerie. Il explique fièrement que le miel d’APME est caractérisé par des saveurs dominantes d’oranges, de citrons et autres agrumes.

Sur les 18 tonnes récoltées lors de la saison 2018-2019, 5 tonnes seulement ont été vendues, suite à la perte inopinée du principal marché d’APME, l’Etat bolivien, qui achetait la production au prix de 32 Bolivianos le kilo en vrac (un peu plus de 4 €). APME espère pouvoir écouler les 13 tonnes restantes avant la prochaine récolte, qui aura lieu fin septembre, mais son précieux stock de miel est cristallisé… Malgré ces difficultés, ce groupe d’apiculteurs nous paraît très soudé ; l’employée en charge de la miellerie reste très motivée, elle continue à entretenir toutes les installations qui sont très propres, alors que l’activité est quasiment à l’arrêt.

La soirée se termine par un repas chaleureux et convivial autour d’une grillade de poissons, le « Pacu » (prononcer : « pacou »). David, apiculteur d’APME, s’est attelé brillamment à la cuisson en l’arrosant d’une petite marinade composée de citron, de miel, de sel et de poivre. Le Pacu avait été fraîchement pêché par la maman de Leonardo. Durant la cuisson et la dégustation, nous entendions les croassements répétés des « Sapos », gros crapauds d’Amérique du Sud.

Le bus nous dépose ensuite dans une école toute proche, voisine de l’ancienne maison de Léonardo, où nous passons la nuit dans une salle de cours.